La naissance de l’ostréiculture dans le Bassin d’Arcachon

Cependant, si les mesures prises précédemment étaient réfléchies, l’abondance d’huître qu’elles ont entraînées a poussé les gens à recommencer les pêches abusives d’autant plus que ces mesures ont été progressivement abandonnées et que le commerce connaît un essor spectaculaire grâce à l’apparition du chemin de fer.

Vers 1826-1830, les habitants du Bassin d’Arcachon pouvaient vendre jusqu’à 75 millions de gravettes (Huître indigène de l’époque) par an.

« Désormais, les gisements naturels ne connaîtront plus la prolifération, quelles que soient les mesures protectrices que l’on prenne à leur égard » L’Ostréiculteur et le Bassin d’Arcachon Claude Labrid, p 90, Edition  Feret et Fils Bordeaux.

En 1848, le commerce des huîtres est presque totalement abandonné. Sur les crassats on pratique désormais la chasse des canards au filet et la pêche du poisson à la courtine.

L’idée de « parcs » est soumise pour la première fois en 1849 dans un règlement. Ces parcs auraient alors pour but de mettre l’huître à l’abri des prédations et ainsi elle « pourrait parvenir à l’âge adulte et répandre son frai dans un milieu spécialement aménagé et favorable à son développement ».

A la suite de cela, plusieurs essais sont réalisés entre 1849 et 1854 sur des concessions installées à l’Ile aux Oiseaux mais ceux-ci sont peu concluants.

Ces concessions seront peu demandées… et peu accordées ! Entre 1854 et 1857 il y en aura seulement une vingtaine. Parmi les pionniers de ces concessions, on retrouve les noms de DAUSSY, LAFON, MOUREAU, LALANNE et LALESQUE.

LAFON, LALANNE et LALESQUE vont fortement solliciter Mr COSTE (déjà connu pour avoir créé un « plancher collecteur » en bois pour la collecte des naissains) afin qu’il se penche sur le cas de l’Ostréiculture arcachonnaise et de ses possibilités. Le 9 novembre 1859 il rendit son rapport qui entraîna la mise en place des « Parcs Impériaux ». Ceux-ci avaient pour mission d’être des semoirs publics et de grands cantonnements pour la concentration de la récolte.

Ce rapport fut suivi par 10 ans d’expérimentation : de 1860 à 1870 environ. Elle débute avec le décret du 29 février 1860 qui fixe les conditions d’attribution et d’exploitation des dépôts permanents du Bassin et la création de deux Parcs Impériaux de 22 ha sur les crassats de Crastorbo et de Germanan sur l’emplacement d’anciennes huîtrières naturelles.

En mars 1861, 1,5 millions d’huîtres de différentes provenances y sont ensemencées, les parcs privés en reçoivent 1 million.

Un 3ième Parc Impérial est créé sur le Crassat de Lahillon en 1863 et est ensemencé en 1864 et 1865.

Les huîtres ainsi semées prolifèrent et les excellents résultats obtenus ouvrent la porte à la spéculation. Commence alors l’époque des associations « capitalistes-marins ». Les premiers apportaient le travail et le titre « d’inscrit maritime » qui permettait d’obtenir plus facilement les concessions ; les deuxièmes apportaient la mise de fond nécessaire.

Mr Lafon l’expliquait en 1874 en écrivant que « 112 marins associés à 112 capitalistes surexcités par les rapports de Mr Coste, exploitent avec ardeur 400 ha de terrains émergents. »

Cependant cette période heureuse ne dure qu’un temps et entre 1863 et 1865 l’industrie ostréicole périclite à nouveau.

C’est la fin de beaucoup d’associations entre marins-producteurs et capitalistes. En effet les revenus ne suffisent plus à couvrir les frais et à entretenir marins et capitalistes.

A cette époque, plusieurs problèmes empêchaient un véritable essor de l’ostréiculture sur le Bassin d’Arcachon : des problèmes de captage et de détroquage du naissain (larves d’huîtres). Ces problèmes pouvant être réglés en trouvant un collecteur adapté, ils ont passé 10 ans (de 1855 à 1865) à faire des essais pour trouver Le collecteur idéal. Après diverses tentatives de Lalesque, Lalanne, Coste, Kemmerer, Bailly, les frères de Montauge, Bonnin, Daussy, Morel et Marchand c’est le maçon arcachonnais Michelet qui trouva la solution en 1865.

Il mit en place des tuiles recouvertes d’un enduit friable résistant à l’eau.

Cette invention fut capitale pour le développement de l’ostréiculture à la fois dans le bassin et dans le reste du pays aussi puisque à partir de 1868 le nombre de tuiles chaulées n’a cessé d’augmenter.

De 1,5 millions en 1870, elles passent à 5 millions  en 1872 et sont rapidement mises en place dans les autres régions Françaises (Bretagne notamment).

L’Ostréiculture a entraîné des changements non seulement dans les méthodes de travail mais également dans les variétés d’huîtres utilisées. Car si l’Huître plate était prépondérante dans le Bassin jusqu’au 19ième siècle, aujourd’hui elle a presque complètement disparu et a été remplacée par l’huître Portugaise puis par l’huître Japonaise.